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APPAREILLER !

“Insouciance, relative, de Kenny Dunkan, crissement des ampoules arc-en-ciel dans le silence d’une fête sans participants, motif trinitaire et signe communautaire de la couleur. Inquiétude ?
Comprendre l’Histoire racontée par Nayel Zeaiter sur un ton faussement naïf et véritablement documenté, forme légère des affiches ou panneaux rutilants pour l’épisode de la Destruction de la Colonne Vendôme, toujours inspirée par le récit populaire.
Autre histoire celle de Raspoutine, animée vivement par Céline Devaux, humour et trait acérés, prolongés dans la confession contemporaine du Repas dominical, efficacité des moyens, simples, narration claire et ciselée.
Détachement creusé par l’effacement de la mémoire dans les peintures et le film animé de Jeanne Held inspirés par l’Etranger de Camus. Procès des hommes, distance de l’artiste, du narrateur et permanence des élements naturels.
Mélancolie revendiquée de la Fabrique des symboles de Marion Moskowitz, reproduisant en série ceux de la gravure de Dürer, rejouée en tableau vivant sur fond de fleurs comprimées, Asphyxie.
Apparitions dynamiques, disparitions et transmission du geste dansé tout au long du film de Natalianne Boucher, dynamique des interruptions et des reprises dans la construction d’une chaîne humaine en Continuum résistant.
Gracieuse promenade enfantine, apparitions traversant le temps et les âges, dans l’univers surréalisant des films d’Antoine Neron-Bancel Du verre sous les étoiles.
Voyage intérieur en littérature de Sophie Kitching, dans La Nuit de Chateaubriand, les mots de l’écrivain émaillant de constellations des murs baignés d’un éclat lunaire. Vibration sonore d’une assise parsemée de feuilles imprimées, à emporter.
Noirceur de rêve, entre souvenir et anticipation dans les espaces dessinés par Audrey Casalis, imbriqués jusqu’au vertige, le regard piégé par des abstractions piranésiennes.
Fantastique encore la blancheur délicate du film de Fanny Papot, Un roi sans divertissement, dans l’atmosphère feutrée de son espace exigu, plein de la violence contenue dans le texte de Giono.
Compositions caravagesques des clairs obscurs de Naïa Lassus, touffeur du huis-clos familial d’un Séjour calme, très calme. Écrans disjoints se répondant comme les gestes des actrices aux trois âges de la vie.
Mémoire picturale aussi, mais joyeuse pour Marie Larrivé dans le film d’animation, rejouant La chasse aux toiles, tableau de Vélasquez, dans une interprétation enlevée et iconoclaste.
En duo avec Camille Authouart, introduction d’une poétique inspirée par l’imaginaire scientifique, Mélodie pour Agnès portée par le thème de l’amour éternel.
Poésie de la science développée dans la rigueur des formes radicales de Fabien Leaustic, Monolithes pourtant variables, à la couleur discrètement fluctuante, par l’introduction du vivant comme matière et comme motivation.
Développement du vivant comme modèle formel avec Calystegia sepium de Paul Duncombe, définition d’une sculpture d’apparence géométrique sous toutes ses faces par le mouvement de croissance d’un modeste liseron.
Dans les marges du construit, vivacité des actions en espace urbain de Luca Fiore, intervention directe sur les toits de Paris donnant lieu au film d’animation Elévation, interprétation originale des codes de l’art de la rue.
Modèles d’une aliénation architecturale dans l’exigence argentique des photographies de Tim Elkaim, précision de la recherche, mise en abyme des modèles, constat sans concession.
Autre aliénation avec le motif très actuel de la surveillance, récurrent dans les images de Lucas Ribeyron, paradoxe fructueux d’un processus inversé évoluant de videos mises en scène à l’impression puis au dessin.
Suspens de l’enquête dans l’univers architecturé de la bande dessinée de Lucas Harari, l’Aimant, comme pour une énigme, la quête d’une clarté formelle dans une obscurité symbolique.
Les règles du jeu comme principe aux peintures de Maximilien Pellet, initialement réalisées sous l’emprise des tutoriels d’apprentissage, réflexion sur les lieux communs de l’art et comment s’y déplacer.
Dérèglement des protocoles du pouvoir dans le film For real tho de Baptist Penetticobra , prise de la commande au réalisateur par les acteurs, énergie de l’insurrection adolescente, fragilité de ses certitudes.
Dérogations aux règles dans la logique ludique de Lea Rodriguez Rocha, dessins, textes, sculptures mêlés, art savant et populaire comme tissés, maillage serré des références et mise en forme précise des matériaux.
Radicalisation des composants de la sculpture, mise en œuvre des protocoles de réalisation dans les trois versions de l’Exégèse d’un Tore Carré de Benjamin Rossi, détermination à préserver le processus artistique comme invariant humain.
Appareiller !”

Catherine Strasser

Texte rédigé pour l’exposition Appareiller
10 au 15 janvier 2017 / Palais de Tokyo, Paris (France)