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UNE ATLANTIDE D’HIVER

“J’y ai d’abord vu un glaçon ; un cube de glace froid, brisé de l’intérieur. Un iceberg inversé. Creux, c’est une molaire, vidée de sa chair. Sa transparence est crue et ses lignes bien droites. Tant de géométrie d’abord ; où est le chaos ? Trop dure et trop épaisse pour être une bulle et pourtant d’apparence si légère ! Est-ce un ballon ? Le regard s’adoucit. La ligne est plus courbe, et la crevasse au milieu interroge. Comme si une montagne avait creusé la glace ; comme si un cube d’eau gelée avait coiffé une montagne, épousant ses formes. Ou bien encore l’empreinte d’une vague. La mer se dessine, et apparaît soudain dans l’œuvre. Le fond n’est pas lisse, et cela fait comme une trace d’écume. Dans ce creux, on a envie de mettre la main, d’en effleurer la surface, d’en caresser le cœur, et c’est si intime qu’on n’ose pas. Est-ce une plaie ? Dans sa transparence, le froid s’illumine de blanc. On entend résonner le vent dans le ventre de la glace. Ou bien est-ce le souffle du souffleur de verre ? C’est tout un monde gelé, pris au piège, une Atlantide d’hiver, une vie dont le mouvement aurait été surpris et arrêté par le blizzard. Drôle de fossile des mers. Est-ce un avertissement ?”

Guillemette Franquet

Texte rédigé pour l’exposition du Prix Sciences Po pour l’art contemporain
19 au 28 avril 2017 / Sciences Po, Paris (France)